Nécessité du loup

Le jour tombe vite, les nuits sont longues, la bise gla­cée, les étoiles brillent d’un vif éclat, c’est la sai­son des loups et des prix lit­té­raires ; les prix lit­té­raires sont don­nés, les lau­riers sont cou­pés, nous n’irons plus au bois ; les loups d’ailleurs n’y vont plus guère. Les loups sont de moins en moins recher­chés. Notre civi­li­sa­tion n’en consomme que très peu. Deve­nue urbaine, elle dégé­nère et s’affadit. La lit­té­ra­ture d’autrefois, la chan­son, le conte uti­li­saient une grande quan­tité de loups, bien noirs, bien méchants, bien voraces. On les a tués.

Mais ils se vengent. Le loup est un besoin essen­tiel, le loup fut un ali­ment com­plet, il ne peut mou­rir entiè­re­ment. Il faut des loups, il faut du fris­son noir. Sans le loup, on s’ennuierait de la vie.. Il faut qu’une ombre sur le mur allonge un museau qui fasse peur… Chas­sez le loup par la porte, il revient par la fenêtre et se cache der­rière les rideaux. Si ce n’est pas le loup, ce sera Rocam­bole, Chéri-Bibi ou Fan­tô­mas. En un mot, c’est le ban­dit mas­qué. Il va dévo­rer la petite fille, et c’est ça qui est inté­res­sant. On enten­dra les os qui craquent, il ne res­tera qu’une natte blonde avec un noeud de ruban, comme un papillon bleu sur un plan­cher passé à l’encaustique. Quelle attrac­tion, un dimanche ennuyeux, quand le ciel est gris et qu’on ne sait que faire…

On voit par là que le loup ne meurt pas sans avoir pris ses précautions .

Alexandre Via­latte



Ce texte pro­vient d’une émis­sion de radio et dont la trans­crip­tion fut soi­gneu­se­ment effec­tuée par Char­lie B. qui l’avait posté sur son blog http://db38.spaces.live.com/blog/cns!4FD7949DA7B9D9B9!4387.entry et que je me suis per­mis de pom­per comme un sou­dard. Sim­ple­ment parce qu’il a pu ren­con­trer Des­proges et moi pas.

2 commentaires

  1. Publié le 11 juin 2010 à 10 h 04 min | Permalien

    Bon­jour

    Le texte de Via­latte «Néces­sité du loup» que vous pro­dui­sez ici est la trans­crip­tion que j’ai effec­tuée direc­te­ment d’après une émis­sion de radio dans laquelle Des­proges réci­tait ce texte, dont il a dit qu’il avait eu une influence déter­mi­nante sur sa propre écri­ture
    Or, ce texte était introu­vable sur le net (et pro­ba­ble­ment ailleurs ) avant que je ne le publie sur mon blog dans mon deuxième billet consa­cré à Des­proges (que j’ai eu la chance de ren­con­trer peu avant sa dis­pa­ri­tion c.f. mon pre­mier billet «Des­proges m’a dit»)
    Le texte que vous pro­dui­sez est la stricte copie de ma trans­crip­tion, comme le prouvent indis­cu­ta­ble­ment les ali­neas et sur­tout l’usage des points-virgule qui sont de mon fait.
    J’aurais aimé que vous citiez la source de votre emprunt, avec le lien vers mon billet :

    [http://db38.spaces.live.com/blog/cns]!4FD7949DA7B9D9B9!4387.entry

    Je vous serais recon­nais­sant de bien vou­loir publier cette précision.

    Cor­dia­le­ment
    Daniel Brillant, alias Char­lie B.

  2. Père Désoeuvré
    Publié le 23 juin 2010 à 23 h 14 min | Permalien

    @Char­lie B:

    Je viens de cor­ri­ger mon étourderie. Ça n’empêche pas que je sois jaloux que vous ayez une dédi­cace du plus grand comique de tous les temps. 

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