Egée

Avant-propos

Cher lec­teur, chère lec­trice, à la lec­ture du titre de cette bio­gra­phie, tu te demandes légi­ti­me­ment si je n’ai pas choisi de racon­ter la vie d’Egée dans le seul but d’aligner des calem­bours tous plus lamen­tables les uns que les autres. Vais-je mas­sa­crer l’histoire de ce per­son­nage emblé­ma­tique de la mytho­lo­gie grecque juste pour ça ? Je vais me géner, tiens.

Égée nait

Égée, per­son­nage de la mytho­lo­gie grecque, fut roi de Mégare par son père et roi d’Athènes par sa mère, mais devint sur­tout célèbre  pour être le père de la mer qui porte son nom et le père de Thé­sée, un autre per­son­nage de la mytho­lo­gie grecque[1] .

L’enfance d’Égée ne fut pas par­ti­cu­liè­re­ment heu­reuse, en rai­son de son nom un peu pro­pice aux calem­bours faciles. Il  dut en effet subir les moque­ries conti­nuelles de ses trois frères : Nisos, Pal­las et Lycos. Un exemple est cette fois où Égée avait perdu du poids suite à un régime et alors que sa mère le féli­ci­tait ses frères lui sor­tirent :  Depuis qu’il a perdu du poids …il se sent plus l’Égée.

Mais ce genre d’épreuve, ça vous forge un carac­tère et c’est tout natu­rel­le­ment qu’il prit la suc­ces­sion de son roi de père même si la rai­son prin­ci­pale c’est qu’il était l’aînée de la famille.

Des Jeux Mégares au Mont Parnasse

Devenu roi de Mégare, de ban­lieue d’Athènes, il consa­cra son éner­gie à deux tâches prin­ci­pales : recon­qué­rir Athènes d’où son père fut chassé et conce­voir un héri­tier. Pour sa pre­mière tâche, quel meilleur moyen que le sport pour exal­ter les fier­tés imbé­ciles qu’elles soient natio­nales, régio­nales voire com­mu­nales ?  Il créa donc les Jeux Mégares qui per­mirent d’enflammer la fibre patrio­tique de ses sujets. Ces jeux furent un suc­cès pour Egée car Mégare rem­porta six médailles grâce à six jeunes Mégares  ; c’était plu­tôt un bon résul­tat. Cette for­ma­lité effec­tuée, il ne lui res­tait plus qu’à décla­rer la guerre à Athènes.

Pour la deuxième tâche, les choses étaient plus com­pli­qués. Bien qu’il mit Meta, sa pre­mière femme, un nombre incal­cu­lable de fois, elle ne tom­bait tou­jours pas enceinte. Son père, Hoplès, pes­si­miste par nature, lui avait pour­tant dit qu’il n’y avait aucun espoir.  Par dépit, il la répu­dia et Meta ter­mina sa vie ron­gée par le chagrin, recroquevillée sur elle même. Cer­tains disaient d’elle : la pauvre Meta se tasse.

Égée pris par la suite pour épouse Chal­ciope. Les Chal­ciope étaient belles par nature, mais celle-ci était vrai­ment une belle Chal­ciope. Elle fut pour­tant inca­pable de lui don­ner un héri­tier. Dépité, il décida d’aller gra­vir le Mont Par­nasse[2] afin de se rendre à Delphes et consul­ter l’Oracle de Delphes qui l’accueilli à ces paroles: allonge-toi, mon gar­çon S’ensuivit le dia­logue sin­gu­lier entre les deux hommes :

«bon explique-moi main­te­nant, tu viens de tuer ton père c’est bien ça ?

- heu, non…

- d’accord, mais tu aime­rais bien le tuer, non ?

- mais…

- T’inquiètes. C’est nor­mal. On passe tous par là . Et tu veux le tuer pour pou­voir sau­ter ta mère ? j’ai bien saisi le pro­blème, non ?

- Mais enfin ! Je viens juste parce que je n’arrive pas à avoir d’enfants et je venais te deman­der conseil.

- Ah ! Bon… Mais fal­lait me le dire tout de suite…Excuse-moi, je viens de voir Œdipe à l’instant et ses his­toires m’ont perturbé .

- je m’en fous d’Œdipe   ! Moi je viens pour.…

- Dis, gamin, tu aurais entendu ce qu’il a fait. Incroyable ! Il m’a donné tous les détails ! Il y a des trucs que j’oserais même pas faire avec ma femme et lui il l’a fait avec sa propre mère, tu te rends compte.

- Alors, je…

- Une sacrée chau­dasse la Jocaste ! Sous ses airs de sainte nitouche, c’est une véri­table lionne. Et mal­gré son âge elle reste souple.

- Mais bor­del ! Je peux en pla­cer une, oui ?

- Par­don, par­don, fils. Allez-vas-y raconte-moi tout.

- Je m’présente je m’appelle Égée, j’voudrais bien réus­sir ma vie, être heureux…

- Eh, gamin ! Tu vas m’abréger ça ! J’m’en bat l’avoine de connaître toute ta vie !  J’ai pas que ça à foutre non plus.

- qu’importe le nombre de fois,en y met­tant toute mon ardeur, c’est mon fils, ma bataille.

- Je t’ai demandé d’abréger et arrête de chan­ter en me par­lant c’est ridi­cule !  Et puis en fait ces détails je les connais, je donne pas des oracles pour rien non plus. Je suis en prise directe avec Apol­lon, tu sai­sis ? Alors ta petite vie minable je la connais sur le bout des doigts et avant ta nais­sance même. Je sais qui tu es, Égée le roi de Mégare…du Nord. Hi, hi ! Pardonne-moi c’est plus fort que moi, les jeux de mots je peux pas m’empêcher. Mais on a du te le faire, non.

- Heu, non en plus Mégare se trouve à l’ouest. .

- Mince, c’est pas gagné avec toi.

- Je viens ici parce que je veux avoir un fils.

- Figure-toi que j’avais saisi avec ta chan­son à la con.  Vas-y, explique-moi seule­ment com­ment tu t’y prends.

S’en suit une longue expli­ca­tion d’Égée  racon­tant par avec moult détail  ses nom­breuses ten­ta­tives, mais ne comp­tez par sur moi pour tout vous racon­ter, bande d’obsédés. Après avoir écouté lon­gue­ment Egée, l’Oracle livra ses paroles « Tu ne dois en aucun cas délier le col de ton outre gon­flée de vin avant d’avoir atteint le plus haut degré d’Athènes. »

- Heu…c’est tout ce que vous avez à me dire ?

- Non.  Ça fera aussi 2000 drachmes.

- Quoi ! A ce tarif, soyez un peu plus expli­cite. J’ai d’autres choses à foutre que de résoudre des énigmes.

- Vise le trou du haut, pas celui du bas, bougre de connard ! Sinon t’y arri­ve­ras jamais ! T’as vrai­ment pas grand chose dans le citron. J’essaye de faire un peu de poé­sie, mais ça n’est pas appré­cié. Je me demande pour­quoi je me casse le cul, des fois.

- Alors, c’était seule­ment ça ? Je visais le mau­vais trou ? Je croyais pour­tant que je devais faire pareil qu’avec mes frères quand on jouait au Pla­ton et au Socrate.  Je me suis long­temps demandé à quoi ser­vait ce deuxième tr…

- Ça suf­fit, ne devient pas vul­gaire non plus. N’oublie pas mes 2000 drachmes. Si tu veux, je fais une ris­tourne de 10% si tu me racontes quelque chose, un rêve crous­tillant avec ta mère, par exemple. T’es vrai­ment cer­tain que tu n’as jamais eu envie de cou­cher avec elle ?  T’as cer­tai­ne­ment fait des rêves érotiques au moins ? Allez, Raconte !

- J’y vais. Ciaos[3]

Après cet épisode,  très chargé en émotions et rap­porté avec un lyrisme qui m’étonne moi-même Égée repar­tit tout guille­ret et ren­con­tra Pit­thée, roi d’un calme olym­pien puisqu’il était sou­ve­rain de Tré­zène. Ce der­nier l’introduisit  à sa fille Ethra et l’invita à l’introduire lui-même plus tard dans la nuit. Se sou­ve­nant vague­ment des paroles de l’Oracle, il se mit à boire plus que de rai­son afin de se pré­pa­rer à sa nuit de noces. Il n’eut aucun sou­ve­nir de ce qui arriva. A son réveil, Ethra lui annonça qu’elle était enceinte. Egée res­senti un malaise de ne pas se sou­ve­nir de ce qui aurait du être une nuit mémo­rable pour lui. Il ignora cer­taines rumeurs disant que le véri­table père était Poséi­don. Il n’en fit rien, d’une part il tenait à être au mieux avec le Pan­théon et d’autre part il ne pou­vait pas ima­gi­ner qu’elle se soit fait faire un enfant dans le Dodécanèse.

Ethra, mère en short

Le fils de cette union, Thé­sée, allait deve­nir plus célèbre que son père, et à l’instar de ce der­nier son enfance ne fut pas non plus de tout repos. En effet, Thé­sée est la vic­time de quo­li­bets : Ethra mère elle suce les ours, Ethra mère en short, … Je conti­nue­rai bien mais c’est rigolo sur­tout la pre­mière fois.  Égée qui déci­dé­ment n’était pas très malin,  au lieu de lui offrir une gour­mette avec ses ini­tiales , offrit à son fils des san­dales de taille 45 et une épée dorés, his­toire  de pou­voir l’identifier s’il le per­dait de vue.

Assis Égée ! 

Égée décida ensuite de retour­ner vers Mégare. Ce fut un périple long et par­semé d’aventures mais un peu chiantes pour que je vous raconte tout ici. En résumé, il fut fait pri­son­nier mais réus­sit à s’enfuir suc­ces­si­ve­ment de Cas­sos et Kara­pa­thos (à ne pas confondre avec Kar­pha­tos l’ile de Dra­ku­los). Il passa par l’île de Rhodes, où il devint riche dans la petite ville de Casi­nos connue aussi comme Rhodes la For­tune. Il finit par se poser à Mégare, ou régnait son frère Nisios et s’installa chez son frère Pal­las qui pos­sé­dait une somp­tueuse qu’il appe­lait non sans emphase le Pal­las Hotel.

Égée : la mémoire qui flanche

C’est à Mégare que sa mémoire com­mença à lui jouer des tours. Tout d’abord, il oublia bien vite sa femme, le jour où Médée se pré­senta. Celle-ci se retrouva vite enceinte d’une reje­ton Medos. Lorsque Thé­sée décida d’aller rejoindre son père, ce der­nier ne reconnu ni les san­dales ni l’épée et se laissa convaincre par Médée de le sup­pri­mer qui ne voyait pas d’un bon oeil l’arrivée de l’héritier. désœuvrer

Col­chide dans les près

Thé­sée par­vint par deux fois à échap­per au com­plot de sa belle-mère qui de rage et par crainte de repré­sailles s’enfuit vers Col­chide afin de vivre de nou­velles aven­tures. Ce départ plon­gea Egée dans un grand déses­poir. Il se jeta à corps perdu dans la cui­sine. Une cui­sine grasse des­ti­née à rem­plir son esto­mac afin de com­bler le vide laissé dans son cœur.  On pou­vait entendre par­tout dans Mégare : il lui faut du beurre à l’Egée. Mais rien n’y fit. Égée se lan­guis­sait  de désespoir.  Certains soir, Égée criait, criait. On dîne ! Pour qu’elle revienne.

C’est alors qu’il finit par recon­naître les san­dales et l’épée et déclara à Thé­sée Zut,  je suis ton père ! C’est ce que j’essaye de te dire depuis des années connard, lui répon­dit son fils, excédé au point d’oublier le mini­mum de res­pect filial.

Et de colère il déclara : «Et puis, je m’emmerde ici ! Je vais me faire le mino­taure. Je mets les voiles !

- Oui mon fils va et mets des voiles blanches si tu es vic­to­rieux, dit alors Égée

Thé­sée secoua la tête et poussa un sou­pir d’exaspération.

Atten­dez ! Égée pas fini

Toute cette his­toire ce ne serait pas com­plète sans racon­ter la fin d’Égée. Après avoir vaincu le Mino­taure, Thé­sée décida de ren­trer sur Athènes mais oublia les recom­man­da­tions de son père et laissa les voiles noires sur son navire. Égée, voyant cela, fut pris d’un grand déses­poir et se jeta dans la  mer. On com­mença d’abord à l’appeler la Mer d’Égée, mais par la suite le nom fut changé en Mer Égée, allez savoir pourquoi.

Notes :

[1] Cette petit note, juste pour répondre aux accu­sa­tions de pléo­nasme que cer­tains ne man­que­ront pas de faire en disant que si Égée est un per­son­nage mytho­lo­gique alors son fils l’est tout autant. Je répon­drais tout d’abord que j’ai le droit d’écrire toutes les évidences et les pléo­nasmes qui me chantent d’une part et d’autre part … rien en fait.

[2] Fina­le­ment, j’y arrive. Vous voyez bien que le titre du para­graphe n’était pas sim­ple­ment un calembour.

[3] En effet, non content d’avoir piqué leur toute la mytho­lo­gie les latins ont aussi piqué aux Grecs cette inter­jec­tion des­ti­née à prendre congé. Il n’y a pas d’âge pour apprendre.

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